Nous arrivons maintenant au c½ur de la légende, à savoir le cycle de Sigurd/Siegfried qui est désormais un des héros germaniques les plus célèbres et qui représente le thème central du mythe. On retrouve à nouveau Reginn frère de Fafnir et fils de Hreidmarr. Il faut noter que la Brynhild de la völsungasaga et de l'Edda de Snorri correspond à Sigdrifa dans l'Edda poétique. La légende est également présente dans la Thidreksaga avec quelques variantes, notamment en ce qui concerne l'enfance de Sigurd qui est élevé par une biche lors de la première année de sa vie avant d'être adopté par Regin.
« Tu seras l'homme
Le plus glorieux sous le soleil
Né pour être le plus élevé
De tous les rois,
Libéral d'or
Mais lent à fuir,
De glorieuse apparence
Et sage en propos » La prédiction de Gripir à Sigurd
Reginn, forgeron n'a pas oublié le trésor de Andvari, sur lequel repose désormais son frère Fafnir métamorphosé en dragon à Gnitaheidr, et c'est bien pour cette raison qu'il éduque et nourrit le jeune Sigurd.
Lors d'un de ses voyages Sigurd croise un vieillard borgne, à barbe grise et s'appuyant sur sa lance, celui-ci lui propose alors de choisir une des chevaux parmi ceux du roi Chilperic : Sigurd choisi Grani, fils de Sleipnir, cheval d'Odin.
De retour chez Reginn, Sigurd n'hésita pas à se vanter auprès de celui-ci car le forgeron lui avait assuré que le roi ne lui offrirait jamais une des ses montures, à ce moment Reginn révéla à son fils adoptif un secret : celui de l'existence d'un puissant et terrifiant dragon gardant un magnifique trésor.
Mais pour obtenir le trésor il fallait une arme digne de ce nom : le forgeron confectionna une épée, qui ne résista pas à la force du jeune héros et se brisa sur l'enclume. Sigurd alla alors voir sa mère et obtint ainsi les fragments de l'ancienne épée Gram, Reginn la reforgea, Sigurd était alors près à affronter le monstre dans sa caverne.
Arrivé devant la caverne, au plateau de Gnitaheid, Sigurd usa de ruse plutôt que de force, et sous les conseils de Reginn il creusa un trou, afin de prendre le dragon par surprise au moment ou celui-ci sortirait, et de frapper au ventre pour atteindre le c½ur : les choses se déroulèrent comme prévu. Agonisant Fafnir prévint tout de même Sigurd de la malédiction de l'or et de l'anneau.
Fafnir chanta :
« Je te conseille à présent, Sigurd,
Et toi retiens ce conseil :
Va-t'en d'ici !
L'or sonore
Et l'argent rouge comme braise,
Les anneaux te mèneront à mort »
Reginn demande alors à Sigurd de se nourri du c½ur du dragon, en le faisant rôtir Sigurd lécha ses doigts : ce qui lui permit de comprendre le langage des oiseaux. Un de ceux-ci le mis alors en garde contre Reginn, car celui-ci n'avait qu'une seule idée en tête, tuer son élève afin de reprendre le trésor. Sigurd profita alors du sommeil de son maître pour lui trancher la tête.
Il équipa ensuite Grani du trésor, et sous le conseil d'un autre oiseau mangea le c½ur du dragon en entier.
Sigurd se dirigea ensuite vers le Rhin jusqu'au moment ou il atteint un énorme rocher encerclé d'une muraille de flammes, intrépide, le héros franchi les flammes, et aperçut ainsi un guerrier endormi vêtu d'une armure. Otant l'armure il découvrit qu'il s'agissait d'une femme : c'était Brynhild, une Walkyries, bannie par Wotan, endormie par une épine pour avoir désobéi à ses ordres.
Il reveilla alors Brynhild et tomba aussitôt amoureux, en gage de son amour il lui offrit son anneau, l'anneau maudit, mais avant de partir il reçu des conseils de la part de la valkyrie :
«Je te conseille, en premier lieu, de nourrir à l'égard de tes amis des sentiments irréprochables. Sois lent à te venger, même si on te cherche querelle : on dit que les morts y trouvent leur profit. »
«En second lieu, je te conseille de ne pas prononcer de serment qui ne soit sincère ; d'affreux tourments frappent le parjure ; misérable est celui qui viole la foi jurée. »
«En troisième lieu, je te conseille de ne pas provoquer de querelles avec des gens peu intelligents ; car souvent un sot profère des paroles plus méchantes qu'il ne le pense vraiment. »
«En quatrième lieu, je te conseille ceci : Si quelque sorcière vicieuse se trouve sur ton chemin, il vaut mieux poursuivre ta route que de t'arrêter, si même la nuit devait te surprendre. »
«En cinquième lieu, je te conseille ceci : Si même tu vois -des filles charmantes sur les bancs, ne permets pas à leur beauté de troubler ton sommeil, et ne te laisse pas séduire par leurs baisers. »
«En sixième lieu, je te conseille : Si des guerriers, qui boivent de la bière, s'abandonnent à l'injure, ne te querelle pas avec ces ivrognes ; le vin ôte la raison à plus d'un. »
«En septième lieu, je te conseille : Si tu as des démêlés avec des personnages de noble tempérament, mieux vaut accepter ouvertement le combat qu'incendier lâchement leurs opulentes demeures. »
«En huitième lieu, je te conseille ceci : garde-toi de toute vilenie et abstiens-toi de toute fausseté ; ne séduis pas la jeune fille vierge ni l'épouse d'autrui ; ne les entraîne pas au plaisir défendu. »
«En neuvième lieu, je te conseille d'ensevelir les morts, où que tu les découvres sur terre, qu'ils aient succombé à la maladie ou péri en mer ou qu'ils aient été frappés par le fer. »
«En dixième lieu, je te conseille : ne te fie pas aux serments des proches parents d'un homme que tu as abattu ; souvent un loup se cache sous les traits du frère ou du fils du tué, alors même qu'a été touché par lui le prix du meurtre. »
«En onzième lieu, je te conseille : reste toujours en garde contre les dangers de toutes sortes et surveille tes propres amis. »
Sigurd s'en alla ensuite pour le palais du Roi Gibich, de la lignée des Niflungar, le roi avait eu trois fils avec la reine Grimhild : Gunnar, Högni et Guttorm et une fille du nom de Gudrun. La reine Grimhild, compris rapidement qu'un mariage entre Gudrun et Sigurd était nécessaire pour obtenir l'or, elle vit alors Brynhild comme un obstacle : c'est pour cela qu'elle conçut un philtre d'oubli. Mis au courant, Gibich proposa à Sigurd la main de sa propre fille, Sigurd accepta et en gage de son amour il lui offrit le c½ur du dragon, ce qui avait le pouvoir de la rendre plus savante mais aussi plus cruelle.
Par la suite, pour témoigner de leur fidélité Sigurd, Högni et Gunnar, l'or d'un banquet mélangèrent leur sang en un rituel de fraternité jurée.
Gunnar de son côté convoitait Brynhild, qui était à ce moment encore seule sur son rocher encerclé de flamme, mais elle ne pouvait qu'accepter un guerrier assez courageux pour franchir les flammes. Il n'hésita pas à se servir de Sigurd et se rendit avec lui au rocher, grâce au heaume présent dans le trésor, Gunnar pris l'apparence de Sigurd, et Sigurd celle de Gunnar.
Sigurd franchi le feu sous une fausse apparence, et lui expliqua que désormais elle lui appartenait, la walkyrie était obligée de s'y soumettre et lui proposa alors de partager sa couche, en guise de fidélité envers Gunnar et pour préserver la virginité de la walkyrie, Sigurd plaça son épée entre leur deux corps. Au matin, Sigurd et la walkyrie échangèrent leur anneau, si bien que Sigurd se retrouvait à nouveau en présence de l'anneau maudit dont il avait oublié l'existence.
Dès que Brynhild détourna le regard, Sigurd et son frère de sang reprirent leur véritable apparence, avant de retourner au château du roi Gibich.
Les années passèrent, et un jour une querelle éclata entre Brynhild et Gudrun : tandis que Brynhild se vanta d'être l'épouse du plus grand héros, Gudrun lui répliqua que c'est son mari qui avait occis le dragon Fafnir, c'est au moment ou la walkyrie lui rétorqua que c'est Gunnar qui avait franchi les flammes que Gudrun ne pu s'empêcher de dévoiler la vérité, et lui révéla que c'était Sigurd qui avait franchi le feu en ayant changé d'apparence grâce au heaume, elle prouva ses dires en lui montrant l'anneau. Brynhild se sentit alors trahie et manipulée et ne pensait plus qu'à une chose : la vengeance.
Une fois seule avec Gunnar, elle lui expliqua que la présence de Sigurd était néfaste pour l'avenir des Niflungar, il fallait par conséquent l'éliminer, Gunnar, voyait à ce moment une formidable occasion de s'emparer du trésor.
Högni de son côté désirait aussi entrer en possession de l'or, mais le serment de fraternité de sang empêchait tout action, il se souvint alors de Guttorm, qui n'y avait pas participé.
A la tombée de la nuit, ce dernier entra discrètement dans la chambre du héros, pour le frapper dans le dos à l'aide de son glaive, Sigurd eu à peine le temps de se ressaisir, de prendre son épée afin de terrasser son agresseur.
Mais la blessure était trop profonde, le héros périt peu de temps après. Gudrun hurla de douleur découvrant le cadavre du défunt Sigurd, d'autant plus que son fils Sigmund avait également été assassiné.
Lors du bûcher funéraire, Brynhild se précipita dans les flammes, et subi le même sort que son mari, victime d'une malédiction qui ne s'était pas éteinte et qui avait pour origine l'or.